Quelles sont les différences entre l’hypnose, la relaxation et la méditation ?
L’hypnose est parfois associée à quelque chose de mystérieux, de magique… Paradoxalement, on étudie ce domaine de la conscience depuis plus d’un siècle. Et depuis les années 90, on a recueilli beaucoup de données grâce à l’imagerie cérébrale. On peut dire que l’hypnose est le mélange de deux circuits :
– le circuit de l’attention où le cerveau s’active comme lorsque l’on exécute une tâche très précise ;
– et en même temps, on a un deuxième circuit, celui de la détente, qui s’active.
L’activation en même temps de ces deux circuits est la caractéristique de l’hypnose et celle d’un état d’apprentissage
Par exemple, lorsqu’un enfant apprend la lecture ou l’écriture, il y a un mélange entre concentration, absorption de l’attention, puis détente.
Deux types de circuits sont activés en état d’hypnose :
Le premier circuit correspond au gyrus cingulaire antérieur, qui est en charge de l’attention et de l’interprétation de la réalité. Par exemple, la douleur est une information d’inconfort qui arrive au cerveau. Si on me pince, un signal indique que quelque chose est en train de se passer, par exemple, au niveau d’un doigt. Le cerveau va interpréter la nature de cette perception : est-ce un simple inconfort ou est-ce que cela va jusqu’à la douleur ? S’agit-il de quelque chose de dangereux, de non dangereux, passager, chronique ? Quelle est la nature de ce signal : est-ce que c’est quelque chose qui pince, qui brûle, qui envoie une décharge électrique ? Toute cette activité d’analyse se fait globalement dans la zone du cerveau appelée le gyrus cingulaire antérieur qui interprète les perceptions présentes.
Le 2e type d’éléments activés, concerne tout ce qui se passe au niveau pariétal occipital. Il s’agit de toutes les zones sensorielles, notamment les zones visuelles, l’écoute, les ressentis, intervenant dans les processus d’imagination. La personne vit véritablement l’expérience et en a tous les ressentis. Et en hypnose, on va utiliser des suggestions pour ré-interpréter cette réalité à l’avantage de la personne. On peut observer l’activation du cerveau et les zones sensorielles qui interviennent dans ce jeu de ré-interprétation, de réécriture de la réalité.
La désactivation de certaines zones du cerveau sous hypnose
Parallèlement, des zones vont être désactivées. Les zones qui concernent la perception qu’un individu a de son contexte. La personne est consciente de ce qu’il se passe autour d’elle mais, en temps en temps, elle part dans ses pensées… la perception d’elle-même par rapport à l’environnement diminue et apparaît ce que l’on nomme une sorte de regard intérieur. La personne a une conscience d’elle-même centrée sur ses perceptions, ses pensées, ses ressentis intérieurs, elle se coupe du monde environnant.
Le circuit qui est conservé en hypnose, le circuit de l’attention
On a longtemps pensé que l’hypnose était une forme de sommeil mais l’imagerie cérébrale a montré l’inverse. La zone frontale et préfrontale reste activée en état d’hypnose. C’est la zone du contrôle exécutif permettant de réaliser des tâches complexes, d’être présent et en lien avec la motivation. Donc, en état d’hypnose, on ne dort pas, on ne somnole pas, mais au contraire, on active le circuit l’attention.
La différence entre le mode par défaut et le mode apprentissage caractéristique de l’hypnose
Que fait le cerveau quand on ne fait rien ? On pensait que le cerveau allait s’endormir. Surprise, on s’est rendu compte que c’est l’inverse. Dans le mode par défaut, le cerveau est hyperactivé, probablement comme dans la période de sommeil paradoxal. C’est le moment où le cerveau transforme le vécu de la journée, et l’expérience en apprentissage. Dans les phases d’ennui dans la journée, on pense que le cerveau agit de même… d’où l’utilité de s’ennuyer par moments !
On s’est alors demandé si l’hypnose fonctionnait de la même manière. Si on demande à une personne de ne penser à rien ou de regarder en face d’elle, on lui donne une tâche. Et là, c’est l’état hypnotique qui se déclenche et non pas le mode par défaut. Le cerveau se met alors immédiatement en tâche, avec une observation aigüe et de manière détendue. Le cerveau se met en mode apprentissage et cela a été une grande découverte. Quand on ne fait rien, le cerveau se met en mode par défaut. Mais l’hypnose commence à partir du moment où l’on prescrit une tâche à quelqu’un.
Dans les activités thérapeutiques, on va chercher des améliorations en matières de santé. Quelle tâche peut-on demander en hypnose pour que la personne active son cerveau en mode apprentissage actif ?
Mais comment différencier hypnose, relaxation et méditation ?
L’activité du cerveau permet de différencier l’hypnose de la relaxation
Dans l’hypnose, il n’y a pas simplement de la détente et du relâchement, il y a une activité de travail, une activité d’attention. L’hypnose ne fait donc pas partie de la grande famille de la relaxation et des phénomènes de détente. Notons que la relaxation n’est d’ailleurs pas nécessaire pour provoquer l’hypnose.
Les caractéristiques qui distinguent l’hypnose de la méditation
En effet, la perception de soi diminue en hypnose. On a un regard intérieur et une perception de soi qui se diluent. On constate l’inverse en méditation pleine conscience car la personne a conscience de ses pensées, de ce qu’elle ressent, et aussi de son environnement. Le traitement de l’information est beaucoup plus important qu’en l’hypnose. En hypnose, la perception de soi est plus diluée, avec des perceptions sensorielles plus présentes. Des études montrent aussi que le cerveau perçoit le temps différemment quand on est en état d’hypnose et quand on est en état de méditation.
Comment agit l’hypnose sur la douleur chronique ? Cela reste un mystère
Si on prend l’exemple de la douleur aiguë, grâce à l’hypnose, le cerveau diminue de moitié la perception douloureuse et de 70% l’anxiété. On sait à peu près comment cela fonctionne avec les systèmes ascendant-descendant. Mais la douleur chronique reste plus mystérieuse. Dans la douleur chronique interviennent également les questions de la dépendance et de l’émotion. Le cerveau s’est aussi habitué à une situation dans laquelle il reçoit une injonction de désagrément de façon régulière, chronique. Comment l’hypnose permet de désapprendre cette chronicité et jusqu’où peut-on la désapprendre ? C’est encore un point d’interrogation. Créer une douleur aiguë en laboratoire est possible, en mettant par exemple une main dans une eau glacée. Mais modéliser une douleur chronique n’est pas reproductible en laboratoire car cela fait appel au vivant…
Il reste encore de nombreuses études à faire pour comprendre complètement l’activité du cerveau en hypnose, relaxation et méditation !
Entretien d’Antoine Bioy dans le cadre de l’émission « La psychologie pour tous » du 14 mars 2022. Antoine Bioy est professeur de psychologie à l’université Paris 8, responsable scientifique de formation et d’études en hypnose, expert scientifique auprès de l’Unesco. Il a effectué de nombreuses recherches sur le potentiel de l’hypnose et des différents états de conscience. Auteur de nombreux ouvrages sur l’hypnose dont « La révolution de l’hypnose » paru en 2018 aux éditions Dunod.
